Quand un pari se transforme
en expatriation

Loin du partage d’expérience, ce billet explique ma manière de voir la vie et ses raisons. Il permet de comprendre ce qui m’a amené à devenir celle que je suis aujourd’hui, sans détour et avec honnêteté. C’est un texte très personnel qui ne se veut pas une règle établie.

Alors que je n’étais même pas certaine d’y rester plus de quelques mois, ça va bientôt faire cinq ans que mes valises sont posées à Montréal. En tant qu’expatriés, on se fait toujours poser plein de questions. Il y a ceux qui ne comprennent pas pourquoi on a quitté la France et les autres qui veulent savoir ce qu’on est venu chercher chez eux. Il y a dix ans, si vous m’aviez demandé si je me voyais vivre à long terme ailleurs que dans mon pays natal, je vous aurai probablement regardé avec des gros yeux. Rien de me prédisposait à vivre à plus de 5000 kilomètres de mon lieu de naissance. En réalité, j’ai pris goût au voyage, et de fil en aiguille, j’en suis arrivée à devenir Résidente Permanente Canadienne.

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Le commencement de la fin

En 2005, ma mère est tombée gravement malade et, malgré toute la détermination du monde, elle n’a pas pu s’en sortir. Ma soeur, mon père et moi avons passé trois ans à la voir croire en de multiples espoirs médicamenteux, se battre, mais petit à petit être diminuée. Elle nous a quittée en 2018. Ma sœur avait 17 ans, moi pas encore 20. Cette étape m’a grandement fait réfléchir sur le but de la vie et celui que je voulais donner à la mienne. Alors que j’étais déjà bien lancée, mon moi-carriériste s’est rangé au placard et j’ai décidé que ma vie allait être celle que je voulais qu’elle soit. Il me fallait juste prendre du temps et du recul pour savoir quoi exactement.

À cette époque, je faisais les allers-retours entre Dijon et Besançon. Quand elle est décédée, j’ai eu besoin de fuir géographiquement. Je suis partie avec deux amies pour un PVT en Nouvelle-Zélande d’un an. On s’est séparées au bout de quelques semaines, j’ai vadrouillé seule pendant trois mois. Puis la période des fêtes de fin d’années est arrivée et je suis rentrée en France. C’était trop tôt. Je suis ensuite partie à Londres pour quelques mois avec mon copain de l’époque qui m’accompagnait depuis quelques années déjà. Lui n’a pas trouvé de travail alors on est rentrés en France. On s’est installé à Lyon, pour partir loin de la ville où ma mère ne vivait plus. Ça a duré quatre ans.

Finalement, je me suis rendue compte que j’avais encore besoin de plus, de recommencer quelque chose par moi-même. J’étais devenue quelqu’un d’autre qui ne pouvait pas poursuivre le chemin de celle que je n’étais plus. Il me fallait savoir qui j’étais maintenant et ce que je voulais. Ces constations m’ont foncées dans le ventre sans les voir arriver.

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La prise de décision

Et puis j’ai rencontré Seb. Lui et moi, on n’avait pas le même genre de vie. On n’était pas non plus aux antipodes mais on n’avait pas beaucoup de points communs. Alors qu’on se connaissait pourtant depuis quelques temps, il est arrivé un moment où je l’ai simplement découvert. On a passé du temps ensemble. Il a ravivé mes envies de découvertes, il a donné un nouveau souffle à mes inspirations, et m’a ouvert les yeux sur tous les petits moments qu’on a tous le droit de vivre. Le rencontrer et accepter d’essayer son mode de vie m’a rappelé à quel point on pouvait aimer la vie. Il avait pour projet de partir faire un Passeport Vacances Travail (PVT) au Canada. Plus rien ne me retenait à Lyon, je mourrais d’envie de repartir de zéro quelque part.

J’ai saisi l’occasion de le suivre. J’ai pris deux semaines pour l’annoncer à ma famille et rapatrier mes affaires. C’était une démarche personnelle soutenue par la présence de cet être avec qui j’apprenais à aimer découvrir tout ce que la vie avait encore finalement à m’offrir. J’étais prête à m’aventurer n’importe où tant que je me sentais en vie. Depuis ce jour, j’ai ce besoin rageur de me sentir vivre, de me nourrir d’émotions, de vibrer sous influence.

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Réussir son intégration

Arriver ici a été comme découvrir un nouveau monde dont j’avais l’impression de connaitre déjà quelques facettes. La langue par exemple, aux premiers abords similaires mais aussi très différente. Ca a été pour moi très rafraichissant de tout réapprendre, d’étudier, de me faire surprendre par des logiques et des comportements toujours quelque part à la fois identiques et distincts des miens. Il faut du temps de s’adapter à un univers où les règles sont changées, mais aussi de l’humilité et de la curiosité.

Le premier emploi a été difficile à trouver pour plusieurs raisons. D’abord, je n’avais pas de visa. En France, on voit le Québec comme l’Eldorado. On croit qu’on y attend sagement les jeunes français qui rêvent des USA-qui-parlent-français, qu’il est facile de se faire payer un visa de travail par un employeur parce qu’on arrive avec un diplôme en poche. La réalité est toute autre : évidemment personne ne nous attend nulle part et des français diplômés en communication-marketing (comme moi), il en débarque des vingtaines chaque jour à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Ajoutez à cela qu’il existe plusieurs restrictions à l’emploi de non-canadiens pour privilégier l’embauche de citoyens, et vous obtenez un beau petit challenge.

N ‘ayant absolument pas conscience de tout ça, on est parti au Québec en pensant que même sans visa, ça allait être fa-cile. À l’aéroport, on nous a donc décerné un visa touriste chacun. Ca a pris peu de rencontres et peu de temps avant que je comprenne la vérité. On a tous les deux heureusement réussi à obtenir un PVT à distance, le visa qui nous aura permis de débuter notre aventure canadienne. Sans lui, on n’aurai jamais pu travailler et dû rentrer en France.

Avec mon PVT en poche, le seul poste que j’ai réussi à trouver c’est un poste de serveuse dans une crêperie. Je travaillais de 7h le matin jusqu’en milieu d’après-midi, puis je bombardais internet de mes candidatures. Les dénominations de postes, les équivalences universitaires, la terminologie, l’importance du réseautage, la manière de construite un CV : tout était nouveau pour moi et c’est difficile de s’y retrouver sans obtenir de bons conseils. Ca m’a pris environ deux à trois mois, 80 candidatures et trois ou quatre entrevues avant d’obtenir un emploi dans ma branche (communication-marketing).

Le plus difficile est d’obtenir la première expérience au Québec. Les employeurs sont un peu frileux de miser sur un candidat et investir dans sa formation alors qu’il pourrait décider après deux mois qu’il retourne au pays. Une fois qu’il est établi sur le CV qu’on veut plus que passer un an à voyager et s’amuser (lourde réputation du PVT), qu’on peut apporter quelque chose à une entreprise, on nous fait plus confiance.

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Apprendre à gérer la distance

Mes amis sont déjà tous éparpillés à travers la planète, donc c’est plus facile avec eux. On a appris à s’aimer à distance et sans se donner de nouvelles régulièrement. Et on essaye de se retrouver dans un coin du monde quand on peut.

En ce qui concerne ma famille, il s’agit plutôt de devoir gérer la culpabilité d’être partie pour vivre ma vie. Parce qu’à chaque appel ou retrouvailles, ils me le font sentir. Je le sais bien que ce n’est pas volontaire et qu’ils ne souhaitent que mon bonheur. Mais c’est toujours très difficile de les quitter ou raccrocher sans être capable de répondre à la question qui leur brûle les lèvres : « Quand est-ce qu’on te revoit ? ».  Cette partie-là est toujours aussi difficile à gérer, autant pour eux que pour moi. Je les aime et je ne veux pas les blesser mais c’est ailleurs que je me sens bien. Ils le comprennent mais c’est dur à accepter.

Pour ma famille, je suis à 5200km, donc loin d’eux. Pour moi, je ne suis qu’à 8h en avion. Tout est question de perspectives je pense. On a la chance de pouvoir utiliser Skype pour se voir et le téléphone pour les plus anciens. À travers mon blog, j’essaye de leur partager les endroits que je découvre. Ce qui est certain, c’est qu’on se donne plus souvent des nouvelles depuis que je suis partie vivre sur un autre continent que quand on vivait sur le même. Ca doit être pour compenser de la distance.

Mais en arrivant dans un nouveau pays, on fait des rencontres et on choisi ses amis. Des amis avec qui on fête son anniversaire, ses beaux coups et ses peines. Des amis à qui on s’attache vite sans trop comprendre pourquoi mais sans se poser la question non plus. Des amis qui ne rentrent pas non plus à Noël et qui deviennent au fil du temps un autre genre de famille. Le genre qu’on a construit à base de moments importants, simples ou futiles. Le genre qui nous offrent une base d’amour solide, sous des formes variées et complémentaires.

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Envisager la suite

Le challenge avec l’immigration canadienne, c’est qu’elle est tellement contrôlée qu’il faut anticiper ses envies et appliquer pour un visa afin de s’assurer de ne pas se fermer des portes si on veut rester. On a œuvré comme ça jusqu’à maintenant, en enchainant les demandes visas pour en arriver à la résidence permanent. Pour le moment, notre objectif c’est la citoyenneté qu’on pourra demander d’ici deux ans. On se sent bien ici, on n’a pas envie de retourner en France. Une fois le passeport en poche, on pourra essayer d’aller vivre ailleurs si ça nous tente, et revenir facilement au Canada, sans avoir à repasser à travers tout le lourd processus d’immigration.

On me demande souvent si je vais rester vivre au Québec. Je ne me voir finir ma vie nulle part en particulier alors je ne saurais dire si ça sera ici. Je n’aime pas l’expression « rentrer en France » non plus parce que je ne me sens pas plus chez moi en France qu’ici, au contraire. En vérité, j’aime tout recommencer de zéro, me dépayser complètement et retrouver un équilibre.

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Se voir grandir

En quittant la France, je me suis arrachée à plein de principes qu’on me rabâchait, à des idées préconçues qu’on m’imposait, à des limites invisibles tracées par la société. Emploi, modes de vie : j’ai compris qu’il existe autant d’options que je peux en imaginer. J’ai aussi pu observer que les différences savent être appréciées, que c’est correct de ne pas tous aimer les mêmes choses et que c’est même mieux comme ça. Je me sens depuis plus libre de mes choix et je les assume plus facilement. C’est partir, prendre du recul sur ce que la société, ma famille et mes amis attendaient de moi en France qui m’a aidé à trouver qui je suis.

Ce que j’apprécie le plus à Montréal c’est justement l’ouverture d’esprit des gens. Je parle pour Montréal parce que je n’ai pas visité tout le Québec. Montréal est une ville faites d’expatriés. À la fois américaine et européenne, elle attire des gens du monde entier, curieux et intéressés par les autres cultures. Les Québécois sont eux aussi des gens tempérés, ouverts à la discussion.

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Pourquoi s’expatrier

Parce que ça permet d’apprendre à se connaître et de découvrir de quoi on est vraiment capable. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse se faire. On n’a pas toute la vie pour vivre cette belle expérience. On peut se donner toutes les excuses possibles mais il n’y a rien de plus dangereux que de rester enfermé dans sa zone de confort. Parce qu’on n’est pas obligé de vivre dans le pays où on est né et qu’il y a même de grandes chances pour que ce ne soit pas là qu’on s’épanouisse le plus. Il existe tant d’endroits et tant de modes de vie différents. Quelles sont les chances pour que vous naissiez exactement à l’endroit et dans les principes qui vont rendront heureux comme individu ?! Partez découvrir le monde auquel vous appartenez, il a tellement à vous apprendre.

 

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