Se laisser glisser sur l'eau, un coup de pagaie à la fois

S’exiler loin des humains à Kiamika

En 2019, j’ai participé à mon premier canot-camping, qui plus est, sur le Réservoir Kiamika. Après ce confinement pendant lequel la nature nous a bien manquée, l’idée de retourner planter la tente loin des humains nous a conquis.

En camping sur une île du Réservoir Kiamika

3, 2, 1, réservez !

Nous sommes mi-juin. Le top départ des réservations de camping est tant attendu cette année que tout Montréal est dans les starting-blocks. On a tellement entendu parler du Poisson Blanc qu’on tente notre chance pour réserver un site pour 3 nuits, mais il semblerait qu’on soit moins malins et/ou moins rapides que d’autres… Ce ne sera pas pour 2020.

Deux jours plus tard, on est toujours dans le canapé à faire le deuil de nos voyages annulés. Il fait encore 15 degrés et la pluie bat contre la vitre. L’envie de nature se fait irrépressible. Je me souviens alors de cette escapade en canot-camping sur le Réservoir Kiamika. En se connectant sur le site web, la seule disponibilité de week-end affichée est dans deux semaines… Pas vraiment encore l’été, pas vraiment la fin de la saison des moustiques. Hum, on hésite un peu. Pis balec, au pire on se couvrira bien. Et s’il pleut encore, on s’abritera. Ce ne sera pas la première ni la dernière fois. Hop, on réserve l’emplacement 31-A : « Ça dit « Coup de cœur, beau coucher de soleil », c’est parti, on y va avec celui-là! ».

Yeah, on est contents ! Tellement contents qu’on réalise qu’on a réservé un emplacement en plein milieu du Réservoir sans penser à l’embarcation pour s’y rendre. C’est ça que ça fait trois mois et demi de confinement : on se précipite, sans réfléchir.

Gérer le trop plein d’excitation

 « Bon, alors « Réserver une embarcation »». Selon le site du Parc Régional Kiamika, il existe deux endroits autour du réservoir pour louer des canots. Le plus proche de notre emplacement ne présente aucune disponibilité pour nos dates alors j’appelle pour me renseigner. « Il nous reste des embarcations sur le site de la Pourvoirie Cécaurel mais c’est à un bon quatre heures et demies de canot de votre emplacement.» WHAT ?!

Note pour plus tard : ne pas réserver en fonçant tête baissée après le prochain confinement mondial… Pauline, encore au téléphone avec moi, me conseille d’appeler Aventures Kiamika, une entreprise indépendante du Parc Régional mais qui offre ses services sur le réservoir. Selon elle, partir de leur base pourrait nous faire gagner une heure de canot. Sur ses conseils, on réserve donc un canot et deux barils étanches auprès d’Aventures Kiamika, avant de patienter deux semaines pour en voir la couleur.

En tente sur une île du Réservoir Kiamika

Le premier camping de 2020

C’est vendredi 19 juin, ça fait une semaine qu’il n’a pas plu, et à 9h00 du matin, la température ressentie frôle déjà les 28°C. La fin de semaine s’annonce radieuse, les affaires de camping sont dans le coffre et on prend la route avec la sensation d’avoir gagné au Loto.

Après trois heures et demies de route depuis Montréal (on a été lents, on ne sait pas pourquoi ni comment), on arrive sur la route rocailleuse qui nous mènera, après une vingtaine de kilomètres, jusqu’à notre destination finale. Arrivés à l’accueil, on reçoit toutes les explications à propos de notre séjour. On apprend rapidement que malheureusement, l’interdiction de faire des feux en plein-air vient de tomber et qu’on devra donc s’en passer. Arf, c’est bien dommage de ne pas pouvoir faire cuire ses brochettes au-dessus d’un feu crépitant. Mais bon, avec les feux de forêts hors de contrôle qui sévissent au même moment au Lac Saint-Jean et ailleurs, on ne peut pas faire autrement que de comprendre.

Les maillots de bains sont enfilés et les affaires chargées dans le canot : on est partis ! Après notre première expérience l’année passée sur la Rivière Bonaventure on a trouvé notre combinaison gagnante : Seb est à l’avant pour décider de notre direction (mon sens de l’orientation est catastrophique), et je maîtrise le gouvernail à l’arrière. Le vent est légèrement contre nous mais, pour le moment, on apprécie sa fraîcheur.

Pagayer sur le Réservoir Kiamika, par Côté Hublot

Concilier orientation et perception

On nous a remis une carte du Réservoir Kiamika avant de partir. Elle est plus ou moins précise parce qu’elle ne fait qu’indiquer grossièrement la forme des îles et leurs rives. Après quarante-cinq minutes à pagayer, Seb nous oriente vers la droite pour prendre un bras qui nous mènera jusqu’à notre île. Le vent est un peu plus fort ici et on redouble un peu d’efforts, mais selon la carte, on a fait pas loin de la moitié du chemin. Après vingt minutes, on se questionne quand même parce qu’on a beau avancer, on ne voit pas vraiment d’ouverture au loin qui ferait penser à une embouchure… Il s’avère qu’il s’agit d’un énorme bassin et c’est ici qu’on prend conscience de l’échelle des distances. Non, nous ne sommes pas presque arrivés, on a à peine parcourus le premier tiers du chemin…

Après ce petit détour, nous sommes de nouveau dans la bonne direction. Le réservoir d’une superficie de 60km2 compte une quarantaine d’îles et îlots. Assis à hauteur de notre petit canot, ce n’est pas évident de trouver des repères. De loin, les îles ont l’air de se superposer mais le soleil baissant nous aide en projetant leurs ombres les unes sur les autres. Contrairement à la fin de l’été, il n’y a aucune bande sable sur laquelle s’arrêter faire une halte. Aujourd’hui, le niveau de l’eau est encore haut car le barrage est resté fermé. Les plages, on les survole en canot.

Le Réservoir Kiamika vu du ciel

Presque à deux doigts de craquer

Il est 18h15 et, chacun notre tour, on oscille entre ténacité et fatalité. Sauf qu’on n’a pas le choix, il faut ramer : on ne passera pas la nuit sur ce canot. On se dirige dans une supposée dernière ligne droite vers une île qui devrait être la nôtre, quand bien même la présence d’une autre sur notre droite nous fait douter puisqu’elle n’apparaît pas sur la carte… À ce stade-là, on s’en remet au destin et on continue d’avancer parce qu’on est presque tannés.

FINALLY ! Il est presque 19h00 quand on débarque sur notre bout d’île vierge. Il nous aura donc fallu trois heures et demies pour y parvenir. Tu pourras penser ce que tu veux, à ce moment là et après ces nombreuses ascensions émotionnelles, c’est comme si cette terre nous appartiendrait jusqu’à la fin de temps. Après neuf mois à dormir, la tente s’extirpe enfin de son sac et s’étire les arceaux au cœur de la nature. Parce que le week-end s’annonce superbe et qu’aucune pollution lumineuse ne viendra nous déranger ici, on n’installe pas le toit pour s’offrir le luxe d’un ciel étoilé au coucher.

La solitude en pleine nature

À me tortiller dans mon sac de couchage à 5h00 du matin, je dois me rendre à l’évidence : j’ai un peu oublié mes réflexes de campeuse cet hiver… Je ne me souvenais plus à quel point la nature est bruyante et lumineuse aux premières heures du jour ! Mon coude sur le visage, je regrette amèrement d’avoir oublié masque et bouchons d’oreilles. Au moins, en se réveillant tôt, on profite de la journée n’est-ce pas ?

Pas de réseau cellulaire, pas d’électricité et pas de salle de bain. Ça c’est le contexte de notre escapade. C’est tellement bon de se couper de son confort habituel parce qu’on s’en trouve rapidement un autre. Cuisine au réchaud, lecture au soleil et baignade nus dans l’eau. Le bonheur est dans l’essentiel, on va se l’avouer. Sans ne rien faire d’autre que prendre le temps de vivre, la journée du samedi s’est consumée à une vitesse hallucinante. Et pour finir en apothéose, c’est l’atmosphère tout entier qui vire au rose-violet lorsque le soleil se couche et que les couleurs du ciel se reflètent sur l’eau.

Les couleurs du soir sur le Réservoir Kiamika

Le séjour qu’on attendait

En résumé, après trois mois confinés à Montréal, venir se ressourcer ici a remis pas mal de pendules à l’heure. On avait besoin de se couper de ce monde avec lequel on avait trop connecté numériquement. Il nous manquait cette bulle d’air dans laquelle on n’avait rien d’autre à faire que de respirer. Isolés sur notre île à Kiamika, on n’a croisé personne d’autre que les patrouilleurs venus nous saluer le lendemain de notre arrivée. La paix à son état pur.

Ultra-chanceux de planter la tente en nature, il fallait en plus que ce soit lors de la fin de semaine des 41 degrés ressentis à Montréal. Non, nous n’avons pas été épargnés par les mouches noires et autres insectes gloutons, mais les doux bonheurs de se baigner dans l’eau fraîche et s’endormir à la belle étoile balayent aisément ces inconforts qui démangent. Tant de bonheur m’en a fait oublier une certaine pandémie mondiale. Le retour à la réalité fut difficile, je ne vous le cache pas…

Glisser en canot sur le Réservoir Kiamika, par Côté Hublot

Informations complémentaires :

Kiamika se situe dans les Laurentides. Ses habitants sont appelés des Kiamikois et son nom algonquin signifie « rives abruptes ou rocher escarpé ». Le Parc Régional Kiamika se situe à environ 250 kilomètres de Montréal et s’étire sur 184km².

La réservation de cet emplacement pour deux nuits, et la location d’une embarcation + deux barils étanches nous ont coûtées 220,00$CAD au total.

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5 commentaires

  • Nadine

    Wow, ça donne envie !

    14 juillet 2020 11 h 27 min
  • STEPHANIE

    Y a t’il de quoi logé? On n’ai pas fan de camping ⛺️

    14 juillet 2020 16 h 24 min
  • Côté Hublot

    Il y a des chalets rustiques oui 🙂
    https://www.aventureskiamika.com/hebergements-laurentides/camping-en-tente/

    Flora

    14 juillet 2020 16 h 25 min
  • Marchien

    Merci pour cette bonne idée. Je m’en vais réserver un week end de ce pas !

    16 juillet 2020 12 h 00 min
  • Côté Hublot

    Je te souhaite un très bon séjour alors 🙂
    Flora

    18 août 2020 23 h 49 min

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