Ouest du Canada : bienvenue en terre des ours

Avant de partir dans l’Ouest Canadien, je me suis mentalement préparée à la présence discrète mais certaine d’ours. Ça me terrifiait un peu mais c’était encore l’occasion de sortir de ma zone de confort. Alors je me suis renseignée sur l’attitude à adopter en cas de rencontre, et ça allait mieux. Là j’ai appris qu’il y avait aussi des grizzlys et j’ai repaniqué. Des rencontres sur places m’ont rassurées en m’aidant à comprendre ces êtres plus impressionnants que dangereux.

La plupart des informations contenues dans ce texte, nous les avons apprises sur place en discutant avec les gardes-forestiers Parc Canada.

L’importance de se renseigner

Si j’ai bien appris quelque chose pendant ce voyage, c’est que la peur diminue en même temps que les connaissances augmentent. Avant d’arriver dans les Rocheuses, on n’avait jamais vraiment été confrontés à l’existence des ours. Dans nos imaginaires d’européens citadins, un ours est créature terrifiante assoiffée de sang. En enquêtant un peu, on apprend que le régime alimentaire d’un ours brun est à 80% constitué de baies, de feuilles et de champignons. Les grizzlys eux sont considérés comme omnivores car ils se nourrissent aussi de poissons et petits mammifères. Ils se sustentent également de carcasses d’animaux blessés, mais il ne s’agit pas là de leur met principal. Voilà qui est rassurant, non ?

Une cohabitation basée sur le respect

Les ours comme les grizzlys ne sont pas intéressés par les humains, ils tolèrent simplement leur présence. Lors d’une rencontre avec une garde-forestière Parc Canada sur la Bald Hills Trail, on s’est fait expliquer que les Parcs sont équipés de caméras et qu’un scénario particulier se répétait à 95 % du temps. À l’écran, on aperçoit un ours sur le sentier profitant des baies abondantes de ses abords. Il lève la tête, semble sentir quelque chose et s’enfonce de quelques centaines de mètres dans la forêt. Des humains passent sur le chemin sans n’avoir jamais croisé l’ours, qui lui revient sur quelques minutes plus tard. C’est un comportement qui est aussi observé chez le loup, le cougar, les wapitis : le monde animal utilise les sentiers mais évite les contacts humains.

Il y existe aussi des périodes plus propices aux rencontres. Les grizzlys entrent en hibernation aux premières neiges pour en ressortir affamés vers le mois de mai. Les bébés étant nés dans la tanière durant l’hiver, tout ce petit monde part à la recherche de nourriture qui lui permettra d’accumuler chacun 200 kg de graisse d’ici la prochaine hibernation. Les parcs nationaux de Banff et Jasper estiment la présence de 170 grizzlys et de 260 ours noirs sur leur deux territoires cumulés couvrant 17 870 km2. Ça laisse quand même beaucoup de place pour s’éviter.

Les différences majeures

Bien qu’ils soient cousins, il existe des différences majeures entre l’ours noir et le grizzly. Physiquement, l’ours noir est plus petit que le grizzly, a une petite tête, des oreilles plutôt longues, des griffes pas forcément apparente et la nuque plate. Il paraît allongé et est souvent noir mais pas forcément. Il pèse en moyenne 100 kg et peut parcourir des superficies allant jusqu’à 200 km.

Le grizzly lui est plus massif et peut peser jusqu’à 250 kg pour 1m20 au garrot. Il a des oreilles courtes et arrondies, de longue griffes de 15 cm en moyenne et une bosse distinctive sur la nuque. Sa fourrure est épaisse et de couleur généralement marron aux reflets grisonnant. Son territoire peut s’étendre jusqu’à 4 000 km2 et il court à plus de 65 km/h.

Source : Site web Parcs Canada

Les comportements à adopter en tant qu’humain invité

Le respect du monde animal

Dans ces régions, il y existe des règles à ne pas ignorer. Premièrement, intégrer qu’on est en territoire animal. Les humains doivent s’adapter et veiller à ne laisser aucune trace de leur passage, autant physique que comportementale. Dans les campings comme sur les aires de repos, il ne faut jamais laisser de déchets ou autres produits odorants (savons, lessives, etc) sans surveillance. Ce sont aimants à ours qui peuvent détecter une odeur alléchante à plus de 30 kilomètres. En agissant ainsi, les inconscients réduise la méfiance des ours envers les humains, les rendent malades avec une nourriture ou des produits qu’il n’est pas censé ingérer, et font courir le risque à l’ours d’être relocalisé ou abattu.

Pour assurer la survie des ours, il est essentiel de maintenir leur méfiance naturelle des humains. Ceci est particulièrement important chez les ourses et les oursons. Donc il faut leur fournir des habitats sûrs, où ils pourront fourrager régulièrement sans perturbation humaine. La santé de la population régionale d’ours en dépend. Il faut de très grands territoires pour assurer une population auto-suffisante de grizzlis; même l’ensemble du territoire des parcs des montagnes n’est pas assez grand.

Site web de Parcs Canada

Comment se comporter

Contrairement à d’autres lieux où le but est de se faire le plus discret possible pour observer la faune, dans ces régions-là il faut être un randonneur bruyant. Pourquoi ? Pour signaler sa présence et ne pas surprendre un ours qui se régalerait de baies en bordure de chemin (là où elles poussent en quantité). La coutume est d’avoir suspendu une cloche à son sac pour faire du bruit sans effort, mais parler fort, chanter, frapper dans ses mains compensent aussi. C’est juste que c’est plus fatiguant sur la longueur…

Se déplacer en groupe est aussi un avantage, voir un prérequis pour se lancer sur certains sentiers. En se rassemblant, un groupe d’êtres humains s’impose davantage face à un grizzly. En se sentant plus petit, il pourrait préférer ne pas être agressif.

Être à l’affût de bouse fraîche pourrait aussi aider à éviter les mauvaises rencontres. C’est un indice clair qu’on se trouve dans une zone dans laquelle un ours a été, ou, est toujours présent. Puisqu’il faut éviter les rencontres au maximum, le conseil dans ce cas là est de faire demi-tour.

Des excréments de grizzlys sur un chemin de randonnée dans le Parc de Banff

En cas de rencontre avec un ours

J’ai passé des heures sur internet à regarder les vidéos des comportements à adopter en cas de rencontre. Ma copine Karine a aussi beaucoup contribué à mon apprentissage. Voici donc un condensé de mes connaissances en la matière, connaissances théoriques puisque je n’ai jamais eu à les appliquer.

Reculer doucement sans jamais lui tourner le dos, lui donner beaucoup d’espace. Si c’est impossible ou que l’ours est trop prêt, rester immobile
Lui parler sans crier, lui faire comprendre qu’on est un humain donc pas spécialement dans son régime alimentaire
Se grandir et se grossir autant que possible. Utiliser son sac à dos, ou se rassembler si on est un groupe
Ne surtout pas courir, ça risquerait d’activer les instincts de chasse de l’ours
★ Si l’ours grogne, ce n’est évidemment pas bon signe. Il se pourrait qu’il tente une charge de bluff, c’est-à-dire qu’il va courir dans ta direction pour bifurquer sur le côté au dernier moment. En théorie, il faut garder son sang-froid et ne pas se mettre à courir, et rester immobile.
★ En cas d’attaque avérée, se défendre avec le répulsif ou tout ce qu’on a sous la main.

Savoir redoubler de prudence

Évidemment, si tu le rencontres en voiture, ne sors pas du véhicule. Le comportement d’un animal sauvage est imprévisible et des touristes ont déjà été grièvement blessés en voulant revenir avec la meilleure photo. Ne sois pas ces abrutis. En tout temps, il faut garder un minimum de 100 mètres entre toi et un ours.

Attention, certaines situations sont plus dangereuses que d’autres. Croiser une maman avec ses bébés en est une. Instinct maternel oblige, elles chercheront coûte que coûte à protéger leurs petits. Si tu croises un bébé seul, sois très prudent : sa mère n’est sûrement pas loin. Quitte la zone le plus rapidement possible.

Un ours au-dessus d’une carcasse te chargera immédiatement à partir du moment où tu entres dans son champ de vision. Dans ce cas-là il ne s’agit pas d’une charge de bluff. Défends-toi avec le bear spray immédiatement ou quitte les lieux en courant. La carcasse étant son bien à protéger, il cherche à te faire fuir et s’en retournera vers son trésor quand il jugera que tu es à une distance raisonnable.

Les accessoires anti-ours

Tu trouveras des clochettes à accrocher à ton sac mais tu peux emporter avec toi tout ce qui ferait assez de bruit pour signaler ta présence. On a vu des gens avec des enceintes portables qui s’annonçaient en musique par exemple. On en aussi croisé qui transportait des klaxons dissuasifs. J’aurais tendance à penser que ça énerverait plus l’ours que ça ne l’effrayerait mais il parait que ça fonctionne aussi.

Le bear spray (ou répulsif à ours) est ton gilet de sauvetage. Personne ne l’utilise jamais jusqu’à en être obligé. Tu dois t’en servir en dernier recours, soit si l’ours t’attaque (ce qui arrive vraiment rarement) et qu’il est à moins de 2 mètres de toi. Le garde-forestier du Parc de Revelstoke qu’on a rencontré nous a dit qu’en 15 ans dans les parcs nationaux de Colombie-Britannique, jamais il n’avait eu à en utiliser. La garde-forestière rencontrée à Jasper, elle, s’en est servie une seule fois en une trentaine d’années.

Le bear spray est une arme pour laquelle tu dois signer une décharge. Lors de l’achat, on t’apprendra comment t’en servir et on te dira de l’accrocher proche de tes mains pour pouvoir le saisir immédiatement en cas d’attaque. À savoir : il est interdit de le transporter en avion. Il te faudra l’acheter sur place et le rapporter au magasin pour t’en débarrasser légalement.

Garder les pieds sur terre

En ce qui me concerne, c’est la première rencontre avec un grizzly qui m’a rassurée. C’était lors de notre randonnée sur la Cirque Peak Trail, au début de notre voyage. On n’est pas tombé nez à nez dessus, mais le fait de le voir à quelques centaines de mètres, sans qu’il n’ait aucun intérêt pour nous, m’a sécurisé. Je ne dis pas que toutes les rencontres pourraient être aussi chill que celle-ci, mais c’était quand même apaisant de constater qu’on pouvait aussi tous cohabiter sans stress.

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