" Maîtrise d’un équilibre précaire et recherche de la limite. "

Entre risque et contrôle, s’initier à l’enduro sur les pistes de Bromont

En 2019, Jeremy nous avait motivé à participer aux essais des derniers vélos de montagne Santa Cruz à Bromont. C’était la première fois que je touchais un enduro, et même si ça avait été très rapide, j’avais pas mal aimé ça. Tant et si bien que, quelques semaines plus tard, Seb m’offrait un bon pour une journée de descente à l’occasion de mon anniversaire.

De l’insouciance optimiste

Il est 7h00, on est dimanche et on monte dans la voiture en direction de Bromont. Cette fois-ci, ce n’est pas pour glisser sur sa belle robe de neige blanche, mais pour ma première véritable initiation à l’enduro. Il est 9h30 quand on se dirige en direction de nos montures réservées la veille. On a choisi le forfait trio qui comprend donc le vélo, le passe de remontées et les protections. Parce qu’on n’est pas assez pros pour user de la différence, on choisi des vélos type Enduro (sentiers) plutôt que Downhill (descente pure). Lors de mon rapide essai l’année passée, j’ai vite compris la nécessité des protections. Je ne m’en passerai pas cette fois non plus, hun-hun. Et pour compléter mon équipement à l’épreuve des éléments, je choisi le casque intégral parce que j’ai déjà assez dépensé en soins dentaires ces derniers temps. 

Une fois tout notre matériel récupéré, on sort de l’atelier en direction des remontées. Sur le coup, je me dis qu’heureusement qu’on nous a présenté un vélo enduro l’année passée, parce qu’ici, personne ne s’est inquiété de savoir si on savait ce qu’on faisait. Et quand tu n’as jamais touché un vélo de montagne, tu ne peux pas vraiment deviner : ni comment ça fonctionne, ni comment te positionner dessus. Que personne ne nous demande si nous sommes familiers avec l’engin me fait croire que la montagne est principalement ridée par des habitués. On doit faire partie du nombre limité des nouveaux adeptes.

Depuis les remontées, vers le sommet

L’apprentissage en continu

Les passes dans les poches et les protections enfilées, on pédale en direction des remontés où nous attend notre premier challenge : accrocher le vélo à l’arrière du télésiège. Je n’avais pas réfléchi à ça mais il faut bien que le vélo remonte lui aussi. Je suis un peu prise de court.

Ceux qui ont appris à faire du ski sur le tard comprendront le stress de voir arriver cette chaise qui ralentie à une vitesse difficile à évaluer mais qui, pour sûr, ne s’arrêtera pas. Donc à cet instant il nous faut réussir à : courir après la chaise, lever le vélo en même temps, introduire la partie basse du cadre à l’avant sur la première fourche, insérer la deuxième fourche entre les rayons de la roue arrière mais ATTENTION pas celui où se trouve la valve, tout ça avant que la chaise de n’envole. Sinon, c’est la chute d’un vélo beaucoup trop cher pour sauter tout seul d’une plateforme.

Pour notre première fois, les préposés s’occupent d’installer nos montures pour nous offrir la démonstration. Ça va vite. C’est beaucoup d’infos à retenir sous la pression de cette chaise prête à nous scier les jambes. Je suis encore en train d’essayer de comprendre comment bien faire que je suis déjà assise dans la remontée, en train de monter vers le sommet. Pas certaine de pouvoir le faire moi-même la prochaine fois… En haut, je vois un préposé récupérer mon vélo dans la chaise qui me précède. Il me le remet quand j’arrive à mon tour. Ça au moins c’est facile. Bon, après ces premières sueurs froides surprise, c’est le moment de la première descente.

Faire des choix à la hauteur de ses capacités

Bromont compte quatre niveaux de complexité de sentiers de vélo de montagne facilement identifiables par leur couleur, allant des moins pentues/boisées aux plus acrobatiques. La question est toute répondue, on entame la session avec une verte.

Le chemin est de la M21 est dégagé. À ses débuts, il n’est pas encore trop incliné mais les graviers (aussi gros que des cailloux) et les premiers virages en épingle me déstabilisent un peu. On n’a pas vraiment commencé que je dois déjà gérer mon stress. Je t’avouerai que, même si je sais faire du vélo, ce n’est pas sur un deux roues que je me sens le plus à l’aise. Donc, si en ville, je suis un peu frileuse de passer entre deux voitures sans perdre l’équilibre, tu t’imagines un peu ce que ça donne sur un terrain moins neutre… 

La prise en main du vélo n’est donc pas évidente. Les débuts sont un peu laborieux et hésitants. Sur un vélo, plus tu es lent, plus tu risques de tomber. Ce n’est pas moi qui vais t’expliquer le principe physique mais ça s’appelle la dynamique des cycles si tu veux chercher sur internet. Alors il faut que je me force à prendre un peu de vitesse. Je prends le temps de me familiariser avec la bête et de lutter contre mes réflexes contre-intuitifs. J’observe la manière dont la bête réagit et encaisse les chocs. C’est confirmé : ça n’a rien à voir avec mon vélo en ferraille verrouillé sur un poteau de stationnement Montréalais…

Le vélo de descente à Bromont depuis les remontées

Amateurs professionnels stagiaires

Comme conseillé par Jeje, j’adopte la position des pros avec grand enthousiasme. Mais, assise basse derrière ma selle, mes cuisses me brûlent assez vite. Ma faculté à tenir en position squat à ses limites. Faisant fie de la douleur, je me concentre pourtant pour me détendre et ne pas verrouiller mes bras. Sauf qu’ils ont tendance à vouloir faire bande à part de ma sûreté, et compensent la fatigue de mes jambes en se raidissant. Les remontées nous permettent à mon corps et moi de se reposer. et on refait plusieurs fois la même piste. Connaître le parcours m’aide à me faire confiance, donc à me relaxer et à prendre un peu de vitesse. Jusqu’ici, tout va bien !

Parce que les gens qui fréquentent la montagne sont globalement plus expérimentés que nous, on ne croise pas grand monde sur les chemins de débutants qu’on emprunte. À part des randonneurs et d’autres vélos qui remontent le sentier, on est pas mal tranquilles. Les pauses lors des remontées nous offrent des beaux spectacles. Depuis nos chaises, on observe avec fascination des habitués s’adonner à leur activité préférée. À travers nos yeux de débutants, tout est impressionnant et surtout risqué. Même si on n’a pas encore beaucoup d’expérience, on sait déjà qu’une erreur de pilotage en Enduro ou en DH, ça arrive vite et ça peut faire très très mal. Un accident implique souvent l’intervention des secours, comme on a malheureusement pu le constater ce jour-là.

Un habitué du vélo de montagne

Repousser ses (nouvelles) limites

Après s’être approprié les pistes vertes et expérimenté mes premières frayeurs, on passe aux bleues. Seb me dit qu’elles sont plus cleans. Et c’est bien le cas. Comme elles se trouvent dans les bois, ce sont des sentiers de terre tassés, contrairement aux vertes qui sont des chemins plus aménagés recouverts de petits graviers par endroits. Donc, qui dit se jeter dans les pistes bleues dit s’aventurer dans les bois, soit slalomer entre les arbres ! C’est parti pour la numéro 57 ! 

Je suis full concentrée. Les grosses roches et imposantes racines se font plus nombreuses. C’est ici que je découvre le véritable potentiel d’encaissement de mon vélo et que j’en prends le contrôle. Arrive un moment où j’en une roche un peu plus grosse que les autres se faufile rapidement sous mon pneu, et hop ça passe ! Ah bah ! Je regarde de plus en plus loin dans mes virages, je prends plus de vitesse. La confiance s’installe en même temps qu’un léger sentiment de puissance et une soupçon d’inconscience discret. Je me lance sur les petits ponts de bois tout en continuant à vivre quelques fugaces paniques, mais mon vélo et moi sommes devenus une équipe.

Sur les sentiers de vélod e de montagne à Bromont

Un pilotage approximatif contrôlé

Arrivés dans la 5, il y a un double virage dans lequel mon vélo et moi refusons de se lancer. On la joue safe et, celui-là, on le prend à pied (ce qui n’est pas non plus super évident considérant l’angle d’inclinaison). Plus tard, on repasse et je m’y élance pour m’en sortir pas trop trop mal. Je manque de faire des sorties de route par-çi par là mais ça passe toujours. Les descentes se font plus abruptes, et c’est rendu que j’adore le feeling de me jeter dedans en me disant que ça va (devrait) bien aller ! 

Évidemment, plus la journée avance et plus le corps souffre. Mes cuisses n’en peuvent plus de squatter, mes bras raident m’invitent à la chute, et la paume de mes mains brûle à force de s’enfoncer dans les poignées. Alors je prends un peu plus de pauses sur le bord des chemins et je laisse passer les fusées. Je ne veux pas laisser la fatigue musculaire me faire faire des erreurs. 

Initiation à l'enduro à Bromont

C’est vraiment une belle activité, mais comparées à d’autres, je trouve que le premier palier comporte plus de risques. Je veux dire que ce n’est pas comme apprendre à faire du skate par exemple. La planche à roulettes, tu peux commencer à plat, sur une surface très lisse et doucement pousser la difficulté. En enduro ou DH, tu es tout de suite dans la montagne à devoir dealer avec des virages en épingles et des grosses roches qui roulent. Pour ne pas chuter, il faut prendre de la vitesse, mais pour prendre de la vitesse il faut savoir freiner. Le serpent qui se mord la queue, tu connais … ? Je ne dirais pas que c’est une activité que tout le monde est capable de pratiquer, mais Bromont propose quand même des forfaits de découvertes avec guide alors chacun a sa chance.

Vivre l’expérience à deux vitesses

Il est 17h00, on sonne la fin de la journée avant de se blesser bêtement. On rend les vélos et les protections à l’atelier en même temps qu’on fait le décompte : 3/3 pistes vertes, 3/8 pistes bleues, un presque-soleil pour moi devant un escalier de racines, un petit câlin à un arbre qui a traversé sans prévenir pour Seb, moins quatre mains (et une douleur à chaque base de pouce pendant des semaines) et beaucoup beaucoup de plaisir. 

Pratiquer le vélo de montagne, c’est passer sa journée dehors à se dépasser et à se prouver à soi-même qu’on est capable. Je suis complètement vendue à ces expériences en plein-air qui me font me sentir pleinement vivante. J’ai enfourché mon vélo en ayant conscience de mes peurs et j’en suis descendue vraiment fière de moi. Pis j’avais l’impression d’assurer quand même ! Vitesse contrôlée, maîtrise d’un équilibre précaire, recherche de la limite, gestion de risques : la totale en fait. Une bien belle journée !

Arrivés à la voiture, on sort nos téléphones pour checker les vidéos qu’on a tournées sur les pistes. Si on en croit les images dont la capacité à mentir frôle avec le 0, j’étais super lente. Je capote un peu et je dois me les passer plusieurs fois pour bien l’intégrer parce que, dans ma tête j’avais un peu plus de prestance que ça. Bon, anyway… Au final, il faut croire j’ai donc eu plus de plaisir que mes cheveux n’ont volé au vent mais c’est bien parfait. Et si on n’avait pas déjà assez de passions, celle-ci pourrait facilement s’ajouter à la liste.

Sur les pistes de vélos de montagne de Bromont

Les conseils de Jeje pour passer une bonne journée :

1. Pensez à freiner AVANT d’entrer dans un virage, même si c’est pour rentrer quasiment à l’arrêt. Ça te permettra de garder le contrôle et c’est mieux de laisser le vélo vivre.

2. Essaye d’avoir toujours le regard en avant, de ne pas regarder par terre, et surtout fixer là où tu veux aller. Sinon, c’est buisson.

3. En descente, on ride toujours debout ! N’hésite pas à sortir les fesses en arrière si un passage est trop pentu à ton goût, quitte à s’asseoir sur le pneu.

4. Garde les pédales toujours bien droite, surtout en virage.

5. N’hésite pas à demander de l’aide pour charger ton vélo sur la chaise, surtout pour la première fois.

6. Fais plusieurs fois la M21 (la verte côté versant du lac). Les pistes bleues sont très cools par la suite mais peuvent présenter quelques challenge. N’hésite pas à descendre du bike et jeter un coup d’œil au besoin.

Donc, pour résumer : on freine en ligne droite avant d’entrer en virage, on garde un filet de frein si on veut contrôler le vélo au maximum, on regarde au loin, on frotte les fesses sur le pneu arrière, on relax sur les avants bras et on kiffe.

Informations complémentaires :

Le prix d’un forfait trio journée (location vélo + protections + passe de remontées) revient à 119$CAD + taxes en fin de semaine. La réservation se fait gratuitement par téléphone.

À savoir : les sentiers de vélos de montagne sont naturels et rocailleux. La station est plus brute que d’autres, ce qui entraîne un niveau de complexité plus élevé pour une première expérience.

2 commentaires

  • Zou

    Super vidéo !
    De très belles images.

    16 juillet 2020 13 h 24 min
  • Côté Hublot

    Merci beaucoup !
    Flora

    18 août 2020 23 h 48 min

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